La réactivité

La réactivité chez le chien
Andréanne Lanoue

Par un bel après-midi, vous faites une balade avec votre chien. Tout se passe dans le calme jusqu’à ce que vous aperceviez une autre personne avec son chien. Soudain, votre compagnon canin se met à japper défensivement (l’auteure préfère le terme « défensif » qu’« agressif ») en tirant sur la laisse. Celui-ci demeure énormément stressé après cet incident; il est distrait, il regarde partout, il pleure, il ne répond plus aux commandes d’obéissance et cela peut prendre quelques minutes, des heures ou quelques jours pour qu’il redevienne calme.

Beaucoup de personnes vivent quotidiennement avec ce problème. Souvent, nous rencontrons des chiens qui jappent défensivement en tirant sur la laisse. Ces chiens, ou même le vôtre, peuvent souffrir de réactivité.

Jackie McGowan, de Click Start Training en Alberta et spécialiste dans le traitement des chiens réactifs décrit ceux-ci ainsi : « Ils ont une faible tolérance aux stimulations, ils sont peureux, frustrés et/ou sont des chiens qui démontrent une grande anxiété et un manque de concentration dans certains environnements ». Donc, le chien réactif n’est pas nécessairement défensif, il peut démontrer de la peur, de l’hyperactivité ou manque de contrôle. Ces réactions sont purement émotives, non raisonnées et sont le résultat de réactions neurochimiques dans le cerveau.

Lorsque qu’un stimulus est présenté à un chien (par exemple, un autre chien), son cerveau détermine s’il s’agit d’une menace ou non. Si le cerveau interprète que le stimulus est une menace, il libère des hormones de stress qui permettent au corps de réagir à un danger. Ces hormones, demeurent un certain temps dans l’organisme. Durant cette période, le système sera davantage prêt à se défendre face à un stimulus et la réaction sera encore plus intense. Pendant les réactions de défense, les fonctions cognitives du chien sont diminuées et peuvent même être bloquées.

Intensité et fréquence

Les mécanismes de défense sont nécessaires à la survie, c’est lorsque ces réactions surviennent à répétition, lorsqu’il n’y a pas un danger réel, que cela devient un problème. Après un certain temps, le problème peut devenir chronique et les réactions du chien deviennent de plus en plus fréquentes et intenses. Il est donc important de traiter l’animal dès que les problèmes commencent à surgir, plus on attend, plus il sera difficile de traiter le problème.
Le traitement d’un tel chien est rarement efficace à 100 %, mais une diminution de la fréquence et de l’intensité des réactions peut être très satisfaisante pour le gardien de l’animal. Dans le cas d’un chien défensif, on doit apprendre à gérer ces situations en faisant en sorte que celui-ci n’ait pas la chance de mordre, les attaques d’un chien réactif-défensif peuvent être brutales et violentes car celui-ci n’a aucune inhibition, les fonctions de son cortex cérébral étant diminuées.

Préparation à l’intervention

Après avoir éliminé toute cause médicale, la première étape du traitement d’un tel chien est de l’isoler de la source de réactivité pendant un certain temps, pendant au moins une semaine, pour permettre à l’organisme d’atteindre des niveaux d’hormones de stress normaux.

Une autre étape préparatoire est d’apprendre des commandes d’obéissance grâce à une méthode uniquement basée sur le renforcement positif. L’apprentissage doit se faire avec calme, n’utiliser que le renforcement positif et aucune punition physique ou verbale.

Optez pour une technique qui mise principalement sur des exercices d'attention, de contrôle des émotions et d'ignorance des distractions présentes dans l’environnement. Un chien qui préfère porter attention à son compagnon humain plutôt que l'environnement et qui est calme sera mieux préparé à faire face aux situations générant du stress. Il sera donc moins porté à être réactif, défensif ou nerveux.

Les apprentissages de base

Les principes d'éducation d'un chien réactif sont différents de ceux d'un chien ayant un état émotionnel normal. N'oublions pas que l'état de stress bloque les fonctions cognitives de l'animal. De plus, le chien réactif a une capacité de concentration affaiblie, il sera également plus facilement distrait par son environnement.

Au début, l'apprentissage doit se faire dans un endroit sans distraction, paisible et familier, où le chien se sent en confiance car il se sent souvent inconfortable dans des endroits inconnus. L'attitude du gardien doit être calme et posée. Il doit éviter les gestes brusques et vocalisations trop expressives. Celui-ci doit s'armer de patience et détermination, ce qui n'est pas toujours facile. Il doit éviter de punir verbalement le chien et accepter le fait que son compagnon canin est plus facilement sujet à être distrait et ne répond pas toujours adéquatement aux commandes d'obéissance. Les difficultés rencontrées ne doivent pas être interprétées comme de la désobéissance. Lorsque le chien ne répond pas à une commande, le gardien devra continuer à pratiquer jusqu'à une exécution correcte et ceci, dans le calme et la douceur. Si, toutefois, le chien est trop agité et n’est pas apte à exécuter les commandes, la séance devra être interrompue car le chien n’est pas dans un état émotionnel apte à l’apprentissage.

De même qu'avec les stimuli négatifs, le chien réactif peut manquer de contrôle face aux stimuli positifs, tel le fait d'aller à l'extérieur, certains jouets, la nourriture ou autres. Ce comportement peut devenir très agaçant. Le chien doit apprendre qu'il n'a pas à démontrer une excitation débordante afin d'obtenir ce qu'il désire. Son gardien lui enseignera donc à exécuter certaines commandes d'obéissance avant d'accéder à ce qu'il veut. Le but est d'apprendre au chien à contrôler ses émotions.
Le traitement est fortement facilité si le chien connaît ces six exercices de base :
•    Le contact visuel (regarder son gardien dans les yeux)
•    Le target (toucher quelque chose avec son museau)
•    La position assise
•    La marche au pied
•    Le retour au pied
•    Le refus (se détourner d’une distraction pour se diriger vers son gardien)

Aider son chien à surmonter sa réactivité

Avant de débuter le traitement, le chien devra très bien exécuter la marche au pied avec assis automatique et le rappel. Le contact visuel est d’une grande importance; le chien devra regarder son gardien dans les yeux dès qu’il est en position assise. (Lire la première partie de l’article sur la préparation à l’intervention)

Lors de la marche au pied, il est important que le chien regarde par en avant ou les yeux de son gardien. Le chien regardant sur le côté ou tournant constamment la tête est trop attentif ou craintif face à son environnement et, par conséquent, son niveau d’anxiété est plus élevé. Il est important de ne mettre aucune tension sur la laisse, ceci pouvant augmenter le stress et la réactivité du chien.

Que ce soit en promenade ou en traitement, il est primordial de faire en sorte que le chien ne puisse s’échapper ou mordre. Le chien devra porter un licou de tête permettant de contrôler sa tête et fermer sa gueule au besoin. En plus d’être attachée au licou, la laisse devra être reliée par l’autre extrémité à un collier qui ne peut se détacher et glisser par-dessus la tête (plat bien ajusté, martingale ou glissant non-étrangleur) ou un harnais de corps et ce, pour plus de sécurité et maniabilité.

La personne promenant un chien réactif devra porter des vêtements ainsi que des chaussures ou bottes confortables et antidérapantes. Également, en période froide, celle-ci devra porter des gants antidérapants et confortables qui éviteront que la laisse ne glisse et qui permettront de donner de la nourriture au chien. Des gants utilisés pour la mécanique automobile sont idéals et en période plus froide, on peut mettre de petits gants sous les gants de mécanicien. On devra apporter des biscuits ou toute autre nourriture appréciée par le chien. Ces biscuits devront être facilement et rapidement accessibles, soit dans les poches ou un sac à la taille.

Lorsque ces exercices sont appris et solidifiés (le chien peut les exécuter avec distractions), on peut commencer le traitement qui constitue à enchaîner ceux-ci lorsque le chien est à une distance du stimulus qui ne provoque pas de réaction. Il est très important d’exécuter ces exercices avant que ce qui fait peur au chien déclenche une réponse et, peu à peu, on s’approchera de l’élément déclencheur. Il faut y aller graduellement et par étape.

Lors du traitement, le gardien devra être très attentif à son compagnon canin. Il devra l’observer afin de noter tout changement dans son langage verbal et non-verbal afin de détecter le moindre signe d’augmentation d’anxiété. Si, pour quelque raison, le chien commence à devenir anxieux, son gardien demandera le contact visuel. Cet exercice a pour but de calmer le chien en lui permettant de se concentrer sur quelque chose de concret.

Il peut arriver que, malgré toutes les précautions, le chien agisse de façon réactive. Si cela survient, le gardien devra garder son calme et ramener le chien face à lui pour lui demander le contact visuel. Au besoin, le gardien devra reculer à une distance où le chien sera apte à se concentrer. Par après, le gardien permettra au chien de se diriger vers le stimulus et ramènera celui-ci vers lui de nouveau. Il est très important de faire ceci car il faut toujours que la rencontre entre le chien et ce qui lui fait peur se termine sur une bonne note. Si le chien revient à un état émotionnel normal, le gardien pourra continuer la séance de traitement. Dans le cas contraire, la session devra être interrompue.

Il faut s’attendre qu’un tel traitement prenne des mois, sinon des années. Le gardien doit avoir de la détermination et ne pas se décourager mais la satisfaction d’avoir aidé son chien à surmonter sa réactivité est très grande. Souvent, les personnes vivant avec de tels chiens développent une relation très spéciale et unique avec ceux-ci.





Ce texte a ét écrit par notre regrétée amie et collaboratice, Andréanne Lanoue.


 

 

 


OĂą aller avec son chien



Utilisateurs en ligne

Il y a actuellement 0 utilisateurs et 2 invités en ligne.